La véritable histoire de la femme de Kirk Douglas

Oubliez la chronologie parfaite : la vie de Kirk Douglas déborde de digressions, de retours, de détours inattendus. On se souvient d’abord d’un menton fendu, d’une présence qui ne lâchait rien, et d’un visage reconnaissable entre mille. Mercredi, l’annonce est tombée. Kirk Douglas, né Issur Danielovitch Demsky, s’est éteint à 103 ans. C’est Michael Douglas, son fils, qui l’a révélé sur Facebook, mêlant la figure mythique du cinéma à la tendresse d’un simple père.

Sa fossette de menton et son sourire de coin étaient aussi légendaires que ses films : l’acteur Kirk Douglas, fils d’immigrants juifs désargentés, devenu une icône de l’âge d’or d’Hollywood, est décédé mercredi à l’âge de 103 ans, a annoncé son fils Michael Douglas.

« C’est avec une grande tristesse que mes frères et moi vous annonçons que Kirk Douglas nous a quittés aujourd’hui à l’âge de 103 ans. Pour le monde entier, il était une légende, un acteur de l’âge d’or du cinéma (…) mais pour moi et mes frères Joel et Peter, il était tout simplement un père », écrit Michael Douglas sur sa page Facebook.

Son héritage ne se limite pas à des images en noir et blanc. Michael Douglas l’affirme : au-delà de la célébrité, Kirk Douglas laisse des œuvres qui traverseront les générations et le souvenir d’un homme généreux, engagé dans des causes qui dépassaient les plateaux de tournage.

Chez les comédiens, l’émotion s’est propagée jusqu’à Danny DeVito, qui a salué sur Twitter « Le Chenapan qui m’a inspiré. 103 ans sur cette Terre. Ça sonne bien ! C’était sympa de traîner avec toi ».

L’Académie des Oscars a choisi la sobriété pour son hommage. Une phrase, extraite des souvenirs de Douglas, résume cette vocation précoce : « Je voulais être acteur depuis que j’étais enfant à l’école primaire. J’ai joué un cordonnier, ma mère m’a cousu un tablier noir. Après le spectacle, mon père m’a offert mon premier Oscar : une glace. »

Une centaine de films

Né le 9 décembre 1916 à Amsterdam, dans l’État de New York, Kirk Douglas a grandi dans la pauvreté. Son père, immigré juif russe, trime pour nourrir sa famille. Le cinéma devient vite son horizon. La Seconde Guerre mondiale l’amène à servir dans la Marine. De retour, il enchaîne les petits rôles. Puis, tout bascule avec son interprétation d’un boxeur dans « The Champion ».

Hollywood lui ouvre alors ses portes. Douglas enchaîne les tournages, jusqu’à compter près d’une centaine de films. Certains titres sont devenus des jalons de l’histoire du cinéma : « 20 000 lieues sous les mers » (1954), « Les sentiers de la gloire » (1957) sous la direction de Stanley Kubrick, puis « Spartacus » (1960), où il s’impose comme une figure planétaire. Ce rôle culte a d’ailleurs inspiré le hashtag #IamSpartacus, repris en masse mercredi soir sur les réseaux sociaux.

(AppHoto/Wally Fong, Fichier)

Engagé et têtu

Kirk Douglas n’était pas du genre à courber l’échine. Sa carrière s’est construite avec la même obstination que ses rôles. Engagé auprès des démocrates, il a bravé la période sombre du maccarthysme dans les années 1950. Il ose embaucher un scénariste blacklisté pour ses supposées sympathies communistes, défiant de plein fouet la chasse aux sorcières de l’époque.

La reconnaissance officielle n’a pas toujours suivi. Malgré la célébrité, les succès critiques et trois nominations, l’Oscar lui a longtemps échappé. Il a failli l’obtenir pour « Vol au-dessus d’un nid de coucou » (1975), mais le rôle principal lui passe sous le nez au profit de Jack Nicholson. Il confiera plus tard son amertume : « C’est une tragédie pour moi. Nicholson a eu le rôle et il a un Oscar. Et je n’en ai pas… »

Il faudra attendre 1996 pour que la statuette vienne enfin saluer l’ensemble de sa carrière. Ironie du sort, c’est l’année où un accident vasculaire cérébral le laisse partiellement paralysé. Pourtant, il monte sur scène, discours à la main, refusant de se laisser abattre par la maladie.

Kirk Douglas ne s’est jamais résigné. Après une rééducation longue et douloureuse, il travaille sa diction, sa gestuelle, pour retrouver le chemin des studios. Il prêtera même sa voix à un personnage des Simpson, puis fera quelques apparitions, comme dans « Diamonds » (1999), où il incarne un boxeur qui tente de se relever après un AVC. Ce film lui permet de retrouver Lauren Bacall, amie de longue date.

(Photo/Damian Dogarganes) Kirk Douglas

Séducteur

Après une crise cardiaque en 2001, Douglas ne fait pas ses adieux au cinéma. Il retrouve le chemin des plateaux pour « Une si belle famille », joué en 2003 avec son fils Michael, son petit-fils Cameron, et même son ex-femme Diana Dill. Il ne s’arrête pas là : en 2009, il monte sur scène dans un théâtre portant son nom près de Los Angeles, pour livrer un one-man show autobiographique sur quatre soirées.

Sa vie privée n’a jamais été un long fleuve tranquille. Connu pour son charisme, Kirk Douglas a eu de nombreuses aventures. Mais, depuis 1954, il partageait sa vie avec Anne Buydens, rencontrée en France et devenue sa seconde épouse. Un jour, un ami lui demande : « Comment ton mariage a-t-il tenu aussi longtemps ? ». La réponse fuse, sincère et malicieuse : « C’est simple. J’ai dit à ma femme : “Si tu me quittes, je pars avec toi.” »

À travers la longévité de Kirk Douglas, c’est tout un siècle de cinéma, d’engagement et de luttes qui se dessine. Un homme qui, jusqu’au bout, aura regardé la caméra, et la vie, dans les yeux.