La femme de Maxime Le Forestier, discrète mais influente

Dans l’univers feutré de la chanson française, certains noms traversent les générations sans jamais hausser le ton. Maxime Le Forestier s’impose dans cette catégorie. Pas besoin de faire du bruit pour marquer la scène : il suffit parfois de quelques accords de guitare et de mots bien choisis. Sa tournée « Paraître et ne pas être » le ramènera à Tours en avril 2020, et la discrétion reste son meilleur atout.

Le Forestier ne s’attarde pas sur les projecteurs. On le croise, souvent sans un mot plus haut que l’autre, sur le marché de Vendôme dans le Loir-et-Cher, cabas en main, sourire discret à ceux qui le reconnaissent, avant de regagner à vélo son moulin à Périgny. Lui, préfère le ruisseau en guise de musique de fond et coupe volontiers son téléphone pour accueillir le silence.

Chez lui, la guitare a toujours droit de cité. Certains jours, Brassens s’invite dans la maison, égrainé sur les cordes. Le reste du temps, Maxime Le Forestier façonne ses propres chansons, sans bruit, loin de la hâte ordinaire. C’est dans cet environnement apaisé qu’il compose, avec la patience de ceux auxquels le tumulte ne dit rien.

La révolte sans tapage

Maxime Le Forestier cultive une forme de rébellion feutrée. Pas de slogans, peu de grandiloquence : ses mots font mouche sans hausser le ton. Sa discographie témoigne d’un engagement profond, ancré dans un héritage à la Brassens, jamais copié, toujours singulier.

Son parcours débute en friction : adolescent rebelle, viré du lycée, exclu du service militaire avec quelques alliés de fortune. Autant de raisons d’écrire « Parachutiste » : la douceur de la mélodie contraste avec des paroles éveillant la réflexion, interrogeant la violence et le port de l’uniforme. Derrière le calme apparent, Le Forestier n’a rien perdu de sa fougue de jeunesse. Les mots, écrits il y a longtemps, résonnent encore aujourd’hui.

Fidèle à lui-même sur scène comme dans la vie, il n’a rien d’un homme neutre. Lors de son arrivée au coeur de San Francisco, dans la célèbre maison bleue du Castro, il ne comprend pas la langue environnante. Le décor est loin du folklore : la Beat Generation hante l’adresse, la vie y bouillonne, tout y est libre, brut, intransigeant. Cheveux en bataille, barbe indomptée, Maxime observe, écoute, s’imprègne. Parmi les souvenirs tenaces : la vision d’Allen Ginsberg, travesti, récitant ses poèmes, violoncelle à la main. Un choc direct, sans détours.

Le sel au bout des chansons

La fameuse maison a dû être rénovée (le bleu virait au vert), le quartier s’est transformé, mais le chanteur, lui, conserve une pointe d’ironie et de mordant sous la douceur de façade. Il ne file plus sur un vélo comme autrefois, mais son regard reste acéré, prêt à pointer ce qui l’indispose.

Le disque paru récemment, « Paraître ou ne pas être », sert la même tension contrôlée. On y retrouve la plume aiguisée : la nature qui sature, l’obsession de façade (« Paraître »), la cacophonie numérique, les inquiétudes plus larges, déclinées avec justesse dans « Vieille Dame ». Même sans crier, il refuse la tiédeur.

Le Forestier s’apprête à monter, presque chez lui, sur la scène du Palais des congrès Vinci à Tours. Ceux qui l’écouteront n’entendront pas seulement quelques refrains familiers : derrière l’apparente tranquillité, ses chansons laissent toujours un goût légèrement acidulé, cette minuscule secousse qui fait toute la saveur des artistes rares.

Il suffit de repenser à la figure d’Allen Ginsberg, emblème de la Beat Generation, pour saisir la portée de l’époque : poète contestataire, longtemps marginalisé, il finit par devenir référence. Avec Maxime Le Forestier, la chanson française connaît le même chemin. Silencieux mais inoubliable, il trace encore sa ligne, indocile sous le calme.

Palais des congrès Vinci de Tours, mercredi 29 avril 2020 à 20h30 Réservez en Touraine avec Entrée du Public ICI … et pour réserver ailleurs en France, It’shere

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