Un baiser, un latte à la batte. Une gifle de latte, des baisers. Nous avons écrit des tartines sur la collusion entre journalistes et politiciens. Ce couple inséparable, parfois incestueux, est aussi contrarié, infidèle et ombragé.
À PROPOS DE MALIKA MACLOUF
Nadine Morano et le Père Noël
Ma collaboration avec Nadine Morano n’a pas été une promenade de santé. En 2009, une chronique expédiée dans Le Figaro, une remarque irréfléchie sur sa veste rouge, rapprochée à un Père Noël venu visiter la place Beauvau, s’est révélée inopportune. Ce genre de formule passe moins facilement quand il s’agit d’une femme politique. L’agacement ne s’est pas fait attendre, même si la pression de l’actualités ne justifie pas toutes les sorties. Quelques mois plus tard, l’avenir du gouvernement flottait dans l’air. Dans un article, j’évoque l’idée que Nadine Morano pourrait viser l’Éducation nationale. En réalité, elle était alors secrétaire d’État à la Famille, et au détour d’un déjeuner, avait laissé deviner ses ambitions. L’utilisation de ce propos, pourtant partagé en confidence, ne lui a pas plu. Appel sec à la rédaction, rappelant que tout ne se balance pas à la une. Publier, temporiser, arbitrer, les lignes sont parfois floues. Quelques relais plus tard, le ton monte, la confiance s’effrite. Il a fallu attendre une accalmie orchestrée deux ans plus tard, autour d’un petit déjeuner institutionnel, pour que la conversation redevienne possible. Elle insistait sur le fait que sa place dans mes papiers était trop prononcée au regard du thème abordé : l’après-remaniement, l’avenir des ministres recalés ou promus. Un fait restait indéniable : elle ambitionnait d’étendre son influence. Derrière l’agacement, il y avait la volonté d’être considérée en dehors des cases habituelles. L’épisode ne s’est pas arrêté aux convenances.
Roselyne Bachelot : l’erreur de casting
Avec Roselyne Bachelot, la relation n’a rien eu d’un fleuve tranquille non plus. Longue histoire : deux Angevins gravitant dans le même paysage politique des années 90, puis elle accède à la porte-parole de Chirac en 2002, enchaîne un poste de ministre de l’Écologie. Très vite, la réputation d’auteur de bourdes la précède, l’Élysée lorgne le profil de Nicolas Hulot. À l’automne, j’écris dans Le Parisien qu’elle relève de « l’erreur de casting ». Début de mandat rhabillé de prudence, chaque expression compte. Ce n’était pas une charge mais une évidence qui se propage : Laurent Ruquier la reprend, la phrase circule. Pourtant, dans les faits, Roselyne Bachelot a marqué son passage avec des mesures comme le principe de précaution. Malgré tout, la formule s’est logée dans sa mémoire, au point d’y rester plusieurs mois. Elle n’a jamais composé mon numéro pour solder l’affaire. Avec le temps, le dialogue a repris ; cet épisode n’est plus remonté à la surface.
Les accusations de Rachida Dati
L’alchimie entre journalistes et politiques donne parfois lieu à des échanges tendus, à l’image des altercations survenues avec Rachida Dati au moment où elle rivalisait avec François Fillon pour les législatives de 2011 à Paris. Les mots volaient bas, la tension était permanente, et la prudence toute relative.
Cette mécanique entre la presse et le monde des décideurs ne s’accommode d’aucun faux-semblant. Ceux qui veulent en savoir davantage trouveraient matière à creuser dans les écrits publics : les anecdotes abondent et en disent long sur la fragilité des équilibres entre journalistes et politiques. L’arrière-boutique, jamais tout à fait fermée, réserve encore bien des surprises à ceux qui persistent à vouloir y regarder de plus près.
Publié dans Charles N°6, Après la politique, juillet 2013

