Ce que la tricherie peut apporter et ses véritables avantages

Il existe des vertus à la tricherie, et son image n’est pas toujours celle du fléau qu’on croit. Derrière la morale scolaire et les discours bien rangés, la compétition façonne bien plus que le classement d’une classe. La rivalité scolaire, parfois synonyme de souffrance, a aussi ses revers lumineux, à condition de savoir où poser le regard.

Shutterstock/Solomiya Trylovska

Ce climat de compétition s’est immiscé partout, de la cour de récréation jusqu’aux bancs du lycée. De nombreux élèves y laissent des plumes : surcharge de travail, anxiété qui monte, ambiance tendue entre camarades. Dans ce décor, une question s’impose : faut-il pousser les enfants à se mesurer les uns aux autres, ou miser sur la force du collectif pour progresser ?

Pour y voir plus clair, Bénédicte Loriers s’est penchée sur la question pour l’Union des Fédérations des Associations de Parents d’Éducation Catholique (UFAPEC). Dans son analyse « Compétition ou coopération en apprentissage ? », elle dresse un panorama sans fard : le jeu de la concurrence n’a pas les mêmes effets que l’apprentissage en équipe. Avantages et revers, tout y passe.

Coopérer ou jouer la gagne ?

Dans son texte, Loriers pose des définitions claires. L’apprentissage compétitif, c’est cette course simultanée où chacun vise le même résultat, parfois au détriment des autres. L’apprentissage coopératif, à l’inverse, repose sur des groupes soudés qui avancent ensemble vers un objectif commun.

La majorité des études pointent dans la même direction : miser sur la coopération, c’est ouvrir la porte à une série de bénéfices. On observe une progression de l’estime de soi, un renforcement du sentiment de compétence, une motivation accrue pour apprendre. Les raisonnements gagnent en subtilité, les résultats scolaires s’améliorent, le transfert des connaissances s’enrichit. On note aussi que les liens entre élèves et enseignants se resserrent.

Mais ça ne s’arrête pas là. D’après les chercheurs, ce modèle favorise une meilleure entente entre élèves, encourage l’intégration, et fait reculer les phénomènes de racisme, sexisme, comportements violents ou déviants. Une classe soudée, c’est aussi moins d’exclusions et plus de respect mutuel.

À l’inverse, la compétition à outrance sème la zizanie. Les inégalités s’accentuent, l’ambiance se délite, le sentiment d’appartenance à l’école s’effrite. Motivation en berne, absentéisme en hausse, tensions et rejets : l’effet domino est bien réel.

Compétition maîtrisée : un levier à ne pas négliger

Pour autant, balayer toute forme de rivalité d’un revers de main serait une erreur. Grandir, c’est aussi se mesurer aux autres, apprendre à se situer, à comprendre ce qui se joue dans l’échange et la comparaison. La compétition, au sens sain du terme, peut aider à forger des repères sociaux, à s’approprier des valeurs, à mieux se connaître.

Il serait faux de croire que coopération et compétition sont irréconciliables. L’une n’annule pas l’autre. Chez les élèves plus âgés, la présence d’une certaine dose de rivalité, bien encadrée, peut s’avérer stimulante. Plusieurs études le confirment : introduite avec discernement, la compétition booste l’envie d’apprendre, prépare à la réalité du monde professionnel, où les concours et les défis sont monnaie courante.

Pour que cette dynamique ne devienne pas toxique, Loriers recommande de privilégier la compétition par le jeu, là où l’enjeu reste symbolique. Une course d’équipes, une énigme à résoudre contre la montre, mais sans impact dramatique sur l’évaluation finale. L’idée : transformer la rivalité en moteur, sans en faire une menace. Les enseignants ont tout intérêt à organiser des situations où l’on se mesure à soi-même ou où l’on cherche à faire progresser son groupe, plutôt que de désigner un unique vainqueur.

En somme, la coopération reste la voie à privilégier, mais la concurrence, dosée avec intelligence, a aussi sa place. Comme le dit Loriers, « nous devons faire l’expérience d’échecs afin de nous améliorer, de nous motiver à faire mieux la prochaine fois, de trouver l’énergie nécessaire pour se vaincre ».

Source :

Loriers, B. (2010). Concurrence ou coopération dans le domaine de l’apprentissage ? UFAPEC. Accès en ligne sur le site : http://www.ufapec.be/files/files/analyses/2010/06-competition.pdf

Crédit image : Shutterstock/Solomiya Trylovska